Je suis... Je suis un photographe de l'imaginaire. Sur les murs de la ville, le long des routes de campagne, dans les clichés de la NASA, je cherche les germes du jamais vu, paysages irréels, êtres baroques et fabuleux qui soudain prennent corps sur des images pixellisées, imposent leur présence avec force. Car tout imaginés soient-ils, mes paysages et les créatures qui les peuplent me semblent étrangement réels, comme si je les avais admirés et fréquentés au cours d'une enfance lointaine, une vie antérieure à jamais disparue. Depuis une quinzaine d'années, la technologie digitale a révolutionné l'art de la photographie. Contrairement aux nostalgiques de la photo traditionnelle, j'ai reconnu d'emblée l'intérêt des nouvelles manières de faire pour les artistes visuels. L'ordinateur, qui permet de s'affranchir de la chambre noire, est devenu pour moi - avec ma caméra et mon imprimante - mon principal outil de création. Mais argentiques ou numériques, imaginaires ou réalistes, abstraites ou représentatives, la fonction des images d'art ne changent pas au cours du temps. Elles sont porteuses, grâce à leurs textures, leurs formes, leurs couleurs, leur puissance évocatrice, d'une beauté unique et fugace toujours menacée de disparition. Pour moi, le devoir de l'artiste consiste à cultiver sans cesse cette beauté fragile, veiller à ce qu'elle ne tombe jamais dans le tragique oubli. Démarche
Ce qui me motive Une émotion, une
blessure fondatrice : la conscience de l’écoulement du temps, de la
dissolution comme loi universelle. Propulsés dans l’espace de l’art, les
êtres, les sensations, les émotions accèdent à un second destin, virtuel
certes mais paradoxalement plus durable, plus consistant, mieux accordé
à notre appétence. Le désir
d’explorer, de creuser la terre et le ciel, de rendre manifestes
quelques-uns des millions d’univers insoupçonnés que nous côtoyons sans
en être conscients. Le simple et
délicieux plaisir de voir, lequel jamais ne se délite. Ce que je fais
J’arpente les rues et ruelles des vieux quartiers
de la ville. (En somme, je fais comme Léonard :
« Si vous regardez quelque
vieille muraille couverte de poussière (…),vous y verrez des choses fort
semblables à ce qui entre dans la composition des tableaux, comme des
paysages, des batailles, des nuages, des attitudes hardies, des airs de
tête extraordinaire, des draperies et beaucoup d’autres choses
pareilles…».).
Je fais des
balades en auto, assis à la place du passager, la caméra soigneusement
réglée pour que les prises de vue dévoilent l’autre du paysage. Je scrute des
milliers d’images déjà numérisées, versées dans le domaine public,
produites pour diverses fins autres qu’artistiques. (Les images de la
NASA en sont un bon exemple, mais il y en a beaucoup d’autres d’origine
bien terrestre).
Une fois recueillies les images -- matériaux bruts en quelque sorte --
je les re-crée à l’aide de l’ordinateur. (Avec le numérique, l’art
photographique s’est brusquement élargi pour englober l’entièreté du
processus de production des images. Aujourd’hui, s’il le veut bien,
l’artiste crée autant sinon plus après le déclic de l’appareil qu’avant.
C’est mon cas.)
Ce que je découvre Que dorment en
nous des images anciennes, puissantes, archétypales, dont nous ignorons
la provenance; magnifiques et troublantes, elles cherchent
l’extériorité.
Que la beauté existe encore, surgissant par
moments de ce jeu de renvois infinis entre l’œil et le monde.
Que, décidément,
vivre et créer est une seule et même chose. (Mais ça, je le savais
déjà).
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