Pourquoi ? De
par la nature particulière de notre perception et de notre conscience,
nous avons pris nos distances avec le présent, sa densité, la
somptuosité de son déploiement. Les
images sont alors pour moi des armes dans le combat donquichottesque
pour retrouver ce présent, le réintroduire dans notre
quotidien trop souvent orphelin de
beauté.
Textures, couleurs, formes fermes ou indécises de l’insaisissable réel,
voilà que les images nous les restituent, factices certes, trafiquées,
soumises aux règles de notre art, mais néanmoins plus vraies que nature,
plus prégnantes, mieux accordées à notre désir. Me
fascine aussi cet autre paradoxe. Alors que les photographies
représentent prétendument des fragments du monde extérieur, il m’arrive
plutôt d’y retrouver avec étonnement ce qui sommeille en moi, en nous :
paysages perdus de l’enfance, formes archétypales vrillées au corps, à
l’inconscient. Moments de grâce que ceux-là, où la claire frontalité du présent éveille au plus obscur de soi les premiers émois d’être là.
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